Une enfant est morte
Ce texte est la reprise de l’édito de la newsletter des Surligneurs, publiée aujourd’hui, à laquelle on peut s’abonner ici.
Une enfant est morte et les passions se sont déchaînées. Entre appels à la peine de mort et recherche de responsabilités, tout se passe comme s’il suffisait de lever le menton et d’en appeler à la réforme de la loi pour effacer la tragédie. Comme souvent, la réponse apportée sera décevante, incantatoire et déconnectée. Lisons plutôt : un ancien ministre de l’intérieur expliquant qu’il n’y a eu « qu’une sanction en quinze ans » contre des magistrats, démontrant ainsi sa méconnaissance de nos institutions et son peu de respect pour l’indépendance de l’autorité judiciaire dont il deviendrait pourtant gardien si ses souhaits électoraux étaient exaucés ; un actuel ministre de la justice (ancien ministre de l’intérieur, ceci explique peut-être cela), exigeant de « passer en revue » les 70 000 plaintes pour viols ou agressions sexuelles sur mineurs actuellement déposées, laissant entendre que la police et la justice se tournent les pouces, quand toute l’institution judiciaire et au-delà connaît l’état de délabrement des tribunaux ; un président de la République expliquant en bon manager qu’il ne veut « entendre aucun argument de moyens dans cette affaire. Depuis 2017, [il] invite chacun à regarder les moyens qui ont été mis dans la gendarmerie, dans la justice. C’est une question de réponse, de fermeté, d’organisation, de responsabilité », démontrant que l’approche managériale des institutions a encore de beaux jours devant elle.
On pourrait ajouter d’autres réactions : qui pour crier au laxisme judiciaire, qui pour s’indigner de l’inaction de l’État, qui pour expliquer que rien ne va. Heureusement, une proposition de loi reviendra peut-être sur le devant de la scène car le législateur doit montrer également qu’il réagit (en créant de nouvelles incriminations alors que les infractions qui existent sont difficilement traitées). Le Premier ministre souhaite quant à lui une peine de réclusion criminelle à perpétuité (encourue) pour les viols en série et un délai d’enquête restreint quand un enfant est victime (reste à savoir ce qu’il adviendra en cas de dépassement du délai). La pré-campagne présidentielle n’aide évidemment pas à la sérénité des réactions. Plutôt que de réfléchir posément et globalement à un ensemble de problèmes, il vaut mieux réagir tout de suite et maintenant et surtout après. Un argument pour se convaincre de la gesticulation à l’œuvre ? La porte-parole du Gouvernement, Maud Bregeon, a doctement expliqué le 4 juin qu’il fallait augmenter les moyens de la justice, quand on apprenait le 2 juin le gel de 414 millions d’euros pour le même ministère.
Si les moyens sont déterminants, c’est peut-être également parce que l’on demande à l’institution judiciaire de régler des choses qui pourraient être envisagées différemment : a-t-on réellement mesuré l’activité policière ou l’impact de la systématisation de la réponse pénale, sait-on prioriser (puisque le mot est à la mode) ce qui doit relever de la répression pénale, réfléchit-on à ce que doit être la répression, veut-on continuer à faire de la justice l’instrument de réparation de dysfonctionnements sociaux ? La réponse doit-elle être globale ou ne porter « que » sur les infractions sexuelles sur mineurs ? Les dysfonctionnements dans l’affaire Lyhanna sont-ils à l’origine de la mort de l’enfant ? Si ces dysfonctionnements sont établis, à quoi sont-ils dus ? Les Surligneurs sont là pour dissiper l’obscurité démagogique à l’œuvre. Une enfant est morte. Ces seuls mots devraient inciter au recueillement plutôt qu’à l’aveuglement.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Jean-Baptiste THIERRY (11 juin 2026). Une enfant est morte. Sine lege. Consulté le 9 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16dls


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