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L’Université selon Tom Sharpe

Tom Sharpe est un romancier anglais à l’humour dévastateur, spécialiste des situations désormais qualifiés de “sharpesques”, adepte de l’invraisemblance narrative, qui s’était déjà frotté au monde de l’enseignement supérieur, son héros le plus connu – Wilt – étant professeur.

Un recueil de quatre romans, intitulé Cancres Ltd & Cie, est paru cette année aux éditions Omnibus. Il est composé de Porterhouse (Porterhouse Blue), Panique à Porterhouse (Grantchester Grind), Le Cru de la comtesse (Vintage Stuff) et Fumiers et Cie (The Midden). Porterhouse et  Panique à Porterhouse, relatent la vie d’un College de Cambridge, remarquable par la médiocrité de ses étudiants, l’inertie de ses enseignants et le poids de ses traditions. L’action débute d’ailleurs par le sacrilège commis lors du banquet d’intronisation du nouveau Maître du Collège, un ancien député et ministre travailliste bien décidé à réformer l’institution, qui ose faire un discours en violation de tous les usages du Collège, ce qui déterminera les autres membres présents à se débarrasser de lui par tous les moyens. L’on ne sait pas quelles sont les disciplines enseignées à Porterhouse. L’aviron y occupe sans doute la place la plus importante et les spécialités des enseignants sont plutôt floues et pour cause : la réputation du Collège repose entièrement sur sa médiocrité que les différents enseignants s’entêtent à entretenir.

http://en.wikipedia.org/wiki/File:Porterhouse_Blue_Book.jpg

Suivent moultes situations rocambolesques mettant à mal la douce routine du Collège, qui permettent au lecteur d’entraîner ses zygomatiques. La caricature est parfois adoucie, comme lorsque le Lecteur s’extrait quelques instants de l’assourdissant Bal de Mai (les groupes animant la soirée n’ayant «pas besoin de hauts-parleurs pour rendre la vie infernale à quiconque se trouvait à moins de un mile») et constate les différences avec les Bals de Mai de sa jeunesse : «Il y avait un gouffre entre ces plaisirs bien élevés et ces bacchanales électrotechniques dont les jeunes semblent raffoler actuellement. Il ne leur en voulait pas, d’ailleurs. Ils essayaient à leur manière d’abolir un monde dépourvu de structures et de signification, une sorte de bazar monstrueux, une société où les seuls critères reconnus étaient l’argent, le sexe, la drogue et la recherche de ces moments d’étourdissement et d’oubli. Mais finalement, ce monde n’était sans doute pas pire que celui qu’il avait connu dans sa jeunesse, quand l’Europe était partie en guerre au pas cadencé ».

Au-delà de la fiction, la comparaison avec nos universités est incontournable, sans que l’on sache très bien si la course effrénée à l’excellence, aux publications, au progrès – toutes ces choses honnies par les Dons de Porterhouse – est souhaitable. Car ce collège sharpesque, symbole de l’immobilisme, est l’un des collèges de Cambridge , symbole de la réussite, et en adopte les modes de fonctionnement. La tradition n’est donc pas l’inertie et l’Université peut respecter les siennes sans risquer d’être hachée menue.

Jean-Baptiste THIERRY
Jean-Baptiste THIERRY

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Jean-Baptiste THIERRY (28 août 2010). L’Université selon Tom Sharpe. Sine lege. Consulté le 18 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/u6te


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